Henri Weber est député européen
Le 30 août 1954, le Parlement français rejetait la Communauté Européenne de Défense. Neuf ans après la capitulation du IIIème Reich, il était trop tôt pour édifier une armée européenne, sous hégémonie de fait du grand frère américain. Nombreux furent ceux qui sonnèrent alors le glas du rêve européen. 'L'Europe se meurt, l'Europe est morte, les nations retournent à leurs démons', lisait-on alors à longueur de gazettes.
Trois ans plus tard, le 25 mars 1957, les ministres des Affaires étrangères des six pays membres de la CECA signaient le 'Traité de Rome', instituant le Marché Commun. La construction européenne repartait d'un bon pied, et en empruntant la bonne voie : celle de la mise en œuvre de solidarités concrètes.
L'Histoire ne se répète peut-être pas. Mais j'ai bon espoir que trois ans après le rejet du Traité constitutionnel par la France et les Pays-Bas, l'Union européenne connaisse un nouveau départ. Ce qui fonde cet optimisme, c'est que le besoin d'Europe est de nouveau redevenu impérieux. Il s'était atténué dans les années 90 après la disparition de l'URSS et le retour à l'Ouest des 'démocraties populaires'. L'effondrement pacifique du totalitarisme stalinien, coïncidant avec la phase d'expansion économique la plus vigoureuse et la plus longue que l'économie américaine n'a connu, avait levé un vent d'euphorie en Occident.
C'était, souvenons-nous, 'la fin de l'Histoire', la victoire définitive de la démocratie et de l'économie de marché. Cette illusion lyrique n'eut qu'un temps.
En l'An I du nouveau millénaire est survenu le krach de la Bourse de New-York, révélant les turpitudes et les fragilités du nouveau capitalisme mondialisé. Des Etats-continents - la Chine, l'Inde, la Russie, le Brésil ... - ont fait irruption dans la guerre économique mondiale, soumettant les pays de la vieille Europe à une rude concurrence. Le terrorisme islamiste a frappé au cœur de nos capitales... L'idée qu'aucun des défis auxquels nous sommes confrontés - maîtrise des flux migratoires, éradication du chômage, sécurité publique et sociale, préservation de l'environnement -, ne pouvaient être relevés à l'échelle nationale ; que l'espace continental était l'espace pertinent de la maîtrise de notre avenir collectif, ces idées s'imposent à nouveau avec force aux Européens.
N'en déplaise aux prophètes de malheurs, l'Union européenne ne se détricote pas. Personne ne propose de revenir au franc, au mark, à la peseta. L'Europe trouvera son second souffle. Mais sa marche en avant se fera sur un mode différencié. Un premier cercle d'Etats euro-volontaires, dont beaucoup se trouvent aujourd'hui dans l'Eurogroupe, amorcera le mouvement. D'autres se joindront à lui, à leur gré et à leur rythme. Mais dans le monde multipolaire qui prend forme en ce 21e siècle, l'Union européenne s'affirmera comme un pôle majeur - économique, politique, militaire et, last but not least, de culture et de civilisation.


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