L'UE : une boule de neige qui a fondu en 50 ans

[22-03-07]

Adriano Farano

L'UE : une boule de neige qui a fondu en 50 ans
Adriano Farano - DR

Adriano Farano est co-fondateur de cafebabel.com, magazine européen d'actualité en 7 langues



En ces temps de réchauffement climatique, évoquer l' 'effet boule de neige' espéré par les pères fondateurs de l'Europe pourrait paraître anachronique. 'Construisons une communauté économique, l'intégration politique suivra !', disaient-ils. Et en effet, aujourd'hui, ce schéma s'est révélé être, telle qu'une idéologie, complètement faux.

Si on touche au politique...

La réalité est que depuis le début des années 90, les Européens ont arrêté de penser leur processus d'intégration. Elargissement, Monnaie unique, liberté de circulation : toutes ces avancées récentes ont en fait été lancées dans le siècle passé.

Pourquoi alors le projet européen s'est-il arrêté de courir ? La raison est simple. Tant que le processus d'intégration restait confiné au niveau économique et qu'il était servi par une méthode essentiellement diplomatique, il était susceptible d'avancer. Mais aujourd'hui, qu'il est contraint de toucher au social (directive services) ou au politique (gouvernement de la zone euro, Constitution), ce processus n'avance plus.

En définitive, donc, quand on restait dans les altitudes de l'économie et de la diplomatie, la boule de neige continuait à descendre et à grossir – bien poussée, quand même, par un Delors ou un Spinelli. Dès lors qu'on descend plus en aval, elle fond, victime du... réchauffement politique et social.

Certes, on pourra toujours faire semblant de rien, acheter des canons à neige et fabriquer des 'mini-traités'. Ou même faire du ski indoor en faisant passer, par la force, une Constitution qui – ne l'oublions pas ! – ne fait pas, comme on a voulu le faire croire, le choix de l'Europe politique, mais elle se limite à en améliorer le fonctionnement. Le problème restera.

Internet, démocratie et Erasmus

Après tout, pourquoi vouloir s'obstiner à garder un processus d'intégration en panne ? Au fond, ce qui fond, c'est la 'boule de neige' des chancelleries. Aujourd'hui, pour qu'une Europe politique puisse voir le jour, il nous faut changer de logiciel. Si nous voulons mettre en commun non plus seulement le charbon, les marchandises ou les monnaies, nous devons créer un véritable espace de débat au de là des frontières. Sur l'énergie et sur les retraites. Sur l'Euro et sur la politique étrangère. Qui sera d'autant plus riche qu'il pourra refléter la variété des expériences et des cultures dont regorge le Continent.

Pour faire cela, il nous faut trois choses. Primo : parier sur des médias qui favorisent un véritable débat multilingue, et en particulier sur le 'Web 2.0', ou Internet de deuxième génération, qui permet une plus grande horizontalité et personalisation dans la communication et dans l'information. Secundo : élire une assemblée constituante par voie populaire qui présenterait par référendum, cette fois-ci, une vraie Constitution et non pas l'énième projet de traité qui ne veut pas dire son nom. Tertio : massifier l'accès à la mobilité avec un programme 'Erasmus pour tous' qui vise à généraliser ce rêve, magnifique et créateur, que représente une aventure à l'étranger, à tous les étudiants et à tous les domaines professionnels. C'est du rêve qu'a vécu notre génération – fille de l'Internet et d'Erasmus – que doit redémarrer l'Europe du présent. C'est sa seule chance.

 

 





A l'occasion des 50 ans du traité de Rome, cafebabel.com publie un dossier spécial intitulé "50 ans d'Europe".

Objectif : comprendre ce que l'Europe a changé dans la vie quotidienne aussi bien dans les domaines de l'amour (les "eurocouples"), du football, ou du travail. Le dossier propose également la vision prospective de l'Europe en 2057, une photo galerie sur l'histoire de l'UE, et une interview de Cédric Klapish.

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