"Réenchanter le rêve européen"

[19-03-07]

Christine Ockrent

"Réenchanter le rêve européen"
CHristine Ockrent - DR

Journaliste, Christine Ockrent est membre du Comité d'honneur du 50e anniversaire du Traité de Rome

 



A l’époque bénie où les dieux grecs descendaient volontiers sur terre pour batifoler avec les humains, Europe était une charmante princesse dont les attraits étourdirent Zeus, métamorphosé pour la circonstance en puissant taureau blanc. Aujourd’hui devenue continent, elle semble malgré son opulence, malgré les richesses de sa culture et les ressources de ses populations, comme atteinte de langueur.

On s’apprête à célébrer le cinquantième anniversaire du Traité de Rome, qui permit le projet politique le plus innovant et le mieux abouti du siècle dernier, et on s’interroge, un peu partout, sur le sens à donner à cette commémoration. Comment exalter un idéal de paix et d’unification qui, depuis la chute du Mur de Berlin, apparaît aux plus jeunes aussi banal que l’air qu’ils respirent ? Comment refonder un projet politique alors que les Etats-nations, crispés sur leurs intérêts à court terme, semblent incapables de se mobiliser sur des objectifs susceptibles de galvaniser leurs peuples ? Comment exprimer une vision de l’avenir propre à transcender les crispations catégorielles et les angoisses liées à la mondialisation qui étreignent, de façon spasmodique, nos opinions publiques ?

En cinquante ans, l’Union Européenne a connu des crises et des embellies, des moments d’accélération et d’enlisement, avec son lot de promesses et, inévitablement, sa part de désillusions. Trop souvent, reconnaissons-le, nos hommes politiques et nos médias ont négligé d’en faire la pédagogie, d’en expliquer les enjeux et les difficultés, et surtout d’y associer les aspirations et les énergies des citoyens.

Sans doute les idéaux des pères fondateurs, leur vocabulaire, leurs méthodes sont-ils aujourd’hui dépassés. Il faut en forger d’autres, qui correspondent davantage aux priorités de nos sociétés vieillissantes et aux aspirations de nos concitoyens, inquiets pour leur emploi et l’avenir de leurs enfants, conscients cependant de leurs atouts, soucieux, sûrement, de trouver dans des valeurs communes de quoi exalter l’ordinaire.

L’histoire n’a pas abandonné l’Europe à son sort, qui paraît si enviable aux malheureux de la planète. Le rêve européen existe, surtout pour ceux qui ne l’ont pas rejointe. A nous de nous le réapproprier et de le réenchanter.

 

 

4 commentaires

[19-03-07] France9 Il existe paraît-il une télévision européenne, mais qui la voit ? Accessible à tous elle pourrait rapprocher les Européens... Mais on se demande si elle n'a pas été faite exclusivement pour placer quelques amis ? "Faite"est d'ailleurs un grand mot, car c'est avec des bouts de ficelles... et l'exploitation de jeunes précaires...
La rapprocher d'Arte, en faire une chaîne qui nous fasse nous découvrir, dans notre quotidien : Européens et immigrés indissociablement liés pour le meilleur !
Oui à cette Europe vivante et métissée, souriant à la vie, riche de toutes ses cultures, de tous ses paysages et climats, de ses cuisines, de ses modes de vie, design, danse, cinéma, histoires d'amour, et progrès de toutes sortes !
Et l'on tournera le dos au déclin d'une Europe de rentiers, frileuse et égocentrée.
[19-03-07] Ph Ledouble Je ne comprends pas l'avant dernier paragraphe. Si les pères fondateurs ont su développer un nouveau mode de relations entre des états qui se faisaient la guerre, quoi de plus nécessaire aujourd'hui dans le monde? Si les Pères fondateurs ont su créer et faire vivre une structure en charge de l'intérêt général, combien ce type de structure est nécessaire au niveau européen et aussi mondial pour faire face aux grands défis de la planète. Le vocabulaire change, mais les grands enjeux humains restent les mêmes. Ni les idéaux ni les méthodes ne me paraissent dépassés
[19-03-07] de Taxis du Poët Malgré les difficultés, l'UE apparaît de plus en plus comme un modèle en terme de résolution de conflits, d'exportation de démocratie d'extension de sa zone de prospérité, le tout avec un "soft power". Cette cohérence ne passe pas inaperçue. L'UE est en train de tenter une approche originale qui représente la vraie modernité. Urgence: la Constitution.
[19-03-07] kropotkine "A nous de nous le réapproprier et de le réenchanter"... Salutaire conclusion, mais il me paraît difficile de mobiliser les citoyens autour d'objectifs de croissance et de stabilité macroéconomique (voir la stratgéie de Lisbonne...). A quand des grands projets mobilisateurs, dans le domaine de l'énergie, du développement durable ou de l'éducation ?

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