Journaliste, Christine Ockrent est membre du Comité d'honneur du 50e anniversaire du Traité de Rome
A l’époque bénie où les dieux grecs descendaient volontiers sur terre pour batifoler avec les humains, Europe était une charmante princesse dont les attraits étourdirent Zeus, métamorphosé pour la circonstance en puissant taureau blanc. Aujourd’hui devenue continent, elle semble malgré son opulence, malgré les richesses de sa culture et les ressources de ses populations, comme atteinte de langueur.
On s’apprête à célébrer le cinquantième anniversaire du Traité de Rome, qui permit le projet politique le plus innovant et le mieux abouti du siècle dernier, et on s’interroge, un peu partout, sur le sens à donner à cette commémoration. Comment exalter un idéal de paix et d’unification qui, depuis la chute du Mur de Berlin, apparaît aux plus jeunes aussi banal que l’air qu’ils respirent ? Comment refonder un projet politique alors que les Etats-nations, crispés sur leurs intérêts à court terme, semblent incapables de se mobiliser sur des objectifs susceptibles de galvaniser leurs peuples ? Comment exprimer une vision de l’avenir propre à transcender les crispations catégorielles et les angoisses liées à la mondialisation qui étreignent, de façon spasmodique, nos opinions publiques ?
En cinquante ans, l’Union Européenne a connu des crises et des embellies, des moments d’accélération et d’enlisement, avec son lot de promesses et, inévitablement, sa part de désillusions. Trop souvent, reconnaissons-le, nos hommes politiques et nos médias ont négligé d’en faire la pédagogie, d’en expliquer les enjeux et les difficultés, et surtout d’y associer les aspirations et les énergies des citoyens.
Sans doute les idéaux des pères fondateurs, leur vocabulaire, leurs méthodes sont-ils aujourd’hui dépassés. Il faut en forger d’autres, qui correspondent davantage aux priorités de nos sociétés vieillissantes et aux aspirations de nos concitoyens, inquiets pour leur emploi et l’avenir de leurs enfants, conscients cependant de leurs atouts, soucieux, sûrement, de trouver dans des valeurs communes de quoi exalter l’ordinaire.
L’histoire n’a pas abandonné l’Europe à son sort, qui paraît si enviable aux malheureux de la planète. Le rêve européen existe, surtout pour ceux qui ne l’ont pas rejointe. A nous de nous le réapproprier et de le réenchanter.


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