Souvenirs et espoirs déçus d'un signataire du Traité de Rome

Maurice Faure se souvient aujourd'hui encore avec émotion du jour où, jeune secrétaire d'Etat français aux Affaires étrangères, il signa pour la France, le 25 mars 1957, le Traité de Rome. Et regrette un élan européen qui, d'après lui, s'est estompé.

Par Pierre Glachant (AFP)

"Ce fut un jour inoubliable. Oui, l'ampleur était historique. C'était fantastique", raconte pour l'AFP le dernier des douze signataires du Traité encore vivant.


Les six pays fondateurs (France, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) de ce texte instituant la Communauté economique européenne (CEE) s'étaient réunis pour l'occasion dans la salle des Horaces et des Curiaces, au Capitole, à Rome.

"Les douze étaient assis" autour d'une table, deux par pays, et "je me trouvais à droite du chancelier (allemand) Konrad Adenauer", poursuit Maurice Faure, aujourd'hui âgé de 85 ans, en décrivant la cohue des photographes qui voulaient immortaliser l'événement.

"Nous posions les premières pierres d'une Europe que nous espérions communautaire et qui est devenue une Europe des patries", ajoute-t-il en déplorant "l'errement de la chaise vide" pratiquée dans les années 1960 par le général de Gaulle.

Le président français de l'époque s'était farouchement opposé à ce que la CEE abandonne le principe de l'unanimité pour passer à la règle du vote majoritaire, une règle qui a donc perduré en gênant, selon M. Faure, la marche de l'Europe.

L'ancien responsable français ne cache pas non plus son scepticisme sur la vague d'élargissement de l'Europe en 2004, passée d'un coup de 15 à 25. "Il aurait mieux valu signer des accords de coopération parce que les faire entrer de plein droit dans la communauté, c'est aller au devant de difficultés insurmontables".

Maurice Faure se souvient que les négociations qui devaient conduire au Traité de Rome, menées en conclave, à Val Duchesse, à la périphérie de Bruxelles, furent "très faciles".

"Nous avons pu travailler assez rapidement (...) C'était la France qui parlait le plus parce que c'était elle qui avait le plus de problèmes, le problème des colonies, le problème de l'agriculture".

L'ancien négociateur explique que l'Allemagne et l'Italie étaient "réticentes à donner de l'argent pour les colonies", leurs représentants déclarant: "nous avons eu des colonies mais nous avons eu la chance de les perdre!".
Quant à l'agriculture, poursuit-il, "la France avait besoin d'énormément de subventions pour ses agriculteurs" et "encore aujourd'hui", rappelle-t-il, la France reste la principale bénéficiaire de la Politique Agricole Commune (PAC).

"Toutes les organisations agricoles avaient envoyé des télégrammes aux députés leur enjoignant de ratifier le Traité".

Maurice Faure se montre particulièrement sévère pour son pays. "La France n'a provoqué que des difficultés. Elle est le mauvais élève de l'Europe aujourd'hui", dit-il en rappelant le "non" au référendum de 2005 sur le projet de Constitution européenne.

"Ce qui est le plus grave, conclut-il, c'est que les opinions publiques sont certes européennes, mais de moins en moins. En tout cas, pour parler de la France, certainement moins européenne qu'à l'époque..."


2 commentaires

[25-03-07] PE Lalmy 50 ans du Traité de Rome

Le 25 mars 1957, seulement douze ans après la fin de la guerre, six pays unissent leurs destins en créant la Communauté Economique Européenne. L'occasion de rendre hommage à Maurice Faure, Secrétaire d'Etat radical-socialiste aux Affaires étrangères, qui signa le traité pour la France. Maurice Faure est aujourd'hui à 85 ans président d'honneur du Parti Radical de Gauche

Les attentes nouvelles que suscite l'Europe sont à la mesure de la reconnaissance que tous les européens lui doivent. L'Europe, c'est cinquante ans de paix, la liberté retrouvée à l'est, l'écart de développement comblé entre sud et septentrion, l'Etat de droit étendu à l'échelle du continent tout entier.

Parce qu'ils savent que la construction européenne est une nouvelle étape du développement républicain, les radicaux de gauche seront, pour l'avenir, attentifs à ce qu'elle demeure une priorité de la politique nationale.
[21-03-07] Cuvelier , D A Monsieur Maurice FAURE - lettre 16-03-07

Quel est le % financement exact de la PAC par l'UE envers la FRANCE ??
N'EST CE PAS UN MARCHE DE DUPE ? (pour la France )France reçoit plus et sans arrêt.

N'aurait il pas été plus sé- rieux et PROFITABLE de soutenir l'INDUSTRIE Française moribonde aprés guerre.

- Plan Marshall a été offert aux Allemands - plutôt que soutenir l'Agriculture Frçse.

Car le grand gagnant Ici aprés guerre est l'Allemagne qui a tourné son industrie de guerre en une formidable industrie de biens de consumérisme -Chimie, Métallurgie, Automobiles, Optique, etc..
Soutenir l'Agriculture Frcse ressemble à une politique pour l'Amérique du Sud.
La France n'a pas vocation sud américaine mais de concurrencer l'Allemagne ; vocation européenne = vo-cation industrielle et commerciale; cela devrait être avant tout. L'inverse s'est passé.
Tony BLAIR souleva ce problème dans le sens :
"ça profite trop à la France"
et "On devrait soutenir plutôt l'industrie en EU " .
-Il veut sans doute dire
l' industrie Anglaise aussi -

Cette question pourrait revenir sur le tapis ..n'est il pas, comme disent les Anglais ...

Que pensez vous de cette remarque ?

C D, Bruxelles . 21-03-07

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