Simone Veil
"Le plus important, c'est l'enracinement de la réconciliation franco-allemande"Simone Veil
"Le plus important, c'est l'enracinement de la réconciliation franco-allemande"Gilles Savary
"Un nouveau cycle politique européen à la mesure des grands défis du siècle"Jacques Barrot
"L'Europe aura le visage que la jeune génération aura décidé de lui donner"
Retrouvez, sur Touteleurope.fr, une sélection des tribunes parues dans la presse à l'occasion du 50e anniversaire.
Pour vous, que célébrons-nous, 50 ans après la signature des Traités de Rome ?
Nous célébrons d'abord 50 ans de paix entre les pays de l'Union européenne. Les Traités de Rome sont incontestablement ceux qui ont le plus contribué à la stabilité du continent européen depuis trois siècles. Ce n'est pas rien, 50 ans de paix sur un continent qui auparavant avait connu 75 ans de guerre!
Nous commémorons aussi l'invention d'une nouvelle manière de servir les intérêts des citoyens. Il y a 50 ans, l'Europe était un ensemble d'États liés pour le meilleur et pour le pire par l'histoire, et par les trajectoires parallèles de leurs sociétés et de leurs économies. Le 25 mars 1957, au lieu de s'aligner sur la même ligne de départ, six États décident de former une équipe et de se passer le relai pour aller plus vite, plus haut, plus fort ensemble. Depuis 1957, les États signataires des Traités de Rome font converger leurs trajectoires nationales, en décidant ensemble des grandes orientations économiques, pour conduire l'Europe dans la direction de la prospérité économique, du bien-être social, de l'union politique.
Nous soufflons aussi les 50 bougies d'institutions communautaires uniques au monde: une Commission qui défriche les chemins de l'avenir, qui propose des lois applicables dans tous les pays de l'Union et les fait respecter, un Parlement qui représente tous les peuples signataires du Traité de Rome et partage le pouvoir de décision avec un Conseil où les ministres des différents États travaillent de concert. Ces institutions sui generis sont l'armature de l'intégration régionale la plus aboutie au monde.
Quels principaux bénéfices la France vous paraît-elle avoir tiré des Traités de Rome ?
Grâce aux politiques communautaires, fruits des Traités, la France est devenue plus prospère et plus sûre.
Elle est devenue plus prospère: la Communauté Économique Européenne a offert à la France l'indépendance alimentaire dès les années 1960 et les moyens de développer l'une des premières agricultures au monde. N'oublions pas non plus que la politique régionale communautaire a fourni une aide précieuse pour la reconversion de nos régions industrielles en difficulté et le développement des territoires français d'outre-mer. Les entreprises et les consommateurs de l'hexagone retirent chaque jour les bénéfices du premier marché intérieur du monde: des débouchés démultipliés, des prix plus bas et une offre de produits accrue. Grâce au grand marché intérieur, de grandes entreprises sont devenues des champions mondiaux, à l'instar de L'Oréal, Air-France-KLM, Carrefour, Danone ou Total. En outre, Euratom a fourni à la France un cadre pour le développement d'une industrie du nucléaire reconnue comme sûre.
La France est également devenue plus sûre et plus protectrice. Si les Français jouissent d'un niveau de protection sociale inégalé dans notre histoire, l'Europe n'y est pas pour rien, même si sa contribution à la cohésion et au bien-être social est souvent méconnue. Les Traités de Rome ont ouvert la voie à une législation protectrice du consommateur et des entreprises contre les dérives d'une mondialisation en pleine accélération. Depuis 50 ans, l'Europe a aussi un rôle moteur dans l'amélioration des conditions de travail. Dans mon domaine des transports, c'est l'Union européenne qui a réduit le temps maximum de conduite hebdomadaire des chauffeurs routiers de 74 à 56 heures par semaine. Notre environnement est également mieux protégé: la réglementation européenne très stricte fait reculer les risques de marée noire qui ont plusieurs fois souillé nos côtes françaises; l'Europe est à l'avant-garde dans la lutte contre le changement climatique et la protection de la biodiversité.
Comment voyez-vous l'Europe dans 50 ans?
Dans 50 ans, je pense que l'Europe sera une centenaire en pleine forme! En signant les Traités de Rome, les pères de l'Europe ont en effet bâti la Communauté européenne sur des fondations solides.
Les Traités sont et resteront encore pour plusieurs décennies la pierre centrale de l'édifice communautaire. Ces Traités ont résisté au temps. Ils constituent un socle sur lequel ont pu se développer des actions communes de plus en plus nombreuses et diverses. Les révisions successives des Traités (intégration de nouveaux États membres, Maastricht, Amsterdam, Nice), loin de les priver de leur substance, ont permis d'élargir leurs potentialités.
En élaborant les Traités de Rome, les Pères de l'Europe ont fait le formidable pari de maintenir la paix, d'assurer la prospérité et d'accroître la cohésion des peuples européens. Ces objectifs seront encore l'horizon pertinent de la construction européenne pour les cinquante prochaines années.
Dans un demi-siècle, l'Europe aura le visage que la jeune génération d'aujourd'hui aura décidé de lui donner. C'est pourquoi la célébration du cinquantenaire de la signature des Traités est l'occasion de communiquer aux jeunes Européens l'ambition, la créativité, la confiance en l'avenir commun des Européens qui animaient les auteurs des Traités.
Je voudrais que, pour la jeune génération, les Traités de Rome ne se réduisent pas à un paragraphe figé à apprendre par cœur dans un livre d'histoire, mais qu'ils aient à cœur d'écrire la suite d'une histoire communautaire qui soit la leur et dont ils soient fiers de célébrer un jour le centenaire.
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