Simone Veil
"Le plus important, c'est l'enracinement de la réconciliation franco-allemande"Simone Veil
"Le plus important, c'est l'enracinement de la réconciliation franco-allemande"Gilles Savary
"Un nouveau cycle politique européen à la mesure des grands défis du siècle"Jacques Barrot
"L'Europe aura le visage que la jeune génération aura décidé de lui donner"
Retrouvez, sur Touteleurope.fr, une sélection des tribunes parues dans la presse à l'occasion du 50e anniversaire.
Pour vous, que célébrons-nous, cinquante ans après la signature du Traité de Rome ?
La commémoration du cinquantenaire du Traité de Rome est celle d’une aventure politique à nulle autre pareille dans le monde.
En cinquante ans, ce qu’a réalisé le projet politique européen, porté par une poignée de responsables politiques particulièrement inspirés est proprement prodigieux.
En un demi-siècle, la construction européenne aura à la fois pacifié le continent de Verdun et d’Auschwitz ; elle aura irrésistiblement démocratisé les Etats européens placés sous le joug des dictatures franquiste, salazariste, grecque, stalinienne ; elle aura contre toute attente abattu le Mur de Berlin et réunifié le continent.
Il s’agit de l’un des très rares triomphes de la raison politique la plus élevée et la plus désintéressée.
Alors que le monde est à nouveau embrasé de conflits et d’obscurantismes impitoyables, que des massacres insensés s’y perpétuent avec une férocité moyen-âgeuse, les Européens ont la chance insondable de vivre en paix, en sécurité, et dans une prospérité qu’ils n’avaient jamais connue, même si elle reste mal partagée et exposée aujourd’hui à de nouveaux défis économiques et sociaux.
Ce privilège est inestimable mais il reste fragile : c’est ce que nous devons collectivement comprendre et méditer de cette célébration.
Quels principaux bénéfices la France vous paraît-elle avoir tiré des Traités de Rome ?
La France doit beaucoup à la construction européenne. Elle lui doit certes une puissance économique et un niveau de vie incomparablement plus élevés qu’au lendemain de la guerre et de la perte de son vaste empire colonial. Dans les années 60, la France ne commerçait guère qu’avec ses anciennes colonies d’Afrique et d’Orient.
Les dévaluations incessantes de sa monnaie, l’hyper-inflation des années 70, le chômage de masse apparu avec les crises du pétrole de 1973 et 1979, ne lui permettaient pas de vendre et d’acheter d’égal à égal avec les grands pays industriels.
Aujourd’hui, l’essentiel de son commerce, et donc de ses emplois, dépendent à l’intérieur du grand marché intérieur européen. C’est grâce à lui qu’elle a pu développer une agro-industrie, des industries automobiles et aéronautiques, une industrie cosmétique, une industrie chimique et pharmaceutique, des services bancaires, des services de transport et de grande distribution de premier plan mondial.
Mais c’est sur le plan politique que la France doit le plus à l’Europe. Cofondatrice de la Communauté économique européenne en 1957, elle a retrouvé dans le projet européen, le rôle et l’influence internationale qu’elle avait perdus par le sort des armes et de la décolonisation.
Devenue une puissance moyenne au plan démographique, elle n’a pu rester un pays influent et écouté que par son action européenne. Son avenir est de ne pas s’en détourner !
Comment voyez-vous l’Europe dans cinquante ans ?
La réponse à cette question dépendra très largement de la charge historique du rejet du projet de Traité constitutionnel européen par les Français le 29 mai 2005.
Cet événement politique a deux conséquences concomitantes :
- D’une certaine façon, il ouvre un boulevard à la conception britannique initiale de l’Europe ; c’est-à-dire une Europe intergouvernementale, vassale militaire et diplomatique des Etats-Unis, dont la plus-value essentielle est constituée d’un grand marché intérieur, sans frontières préconçues.
- En outre, il scelle, pour la première fois depuis la guerre, une sorte de mise en retrait de la France et de son influence. La réunion des dix-huit Etats membres ratificateurs à Madrid le 26 janvier 2007, en présence d’observateurs irlandais et portugais, est un symbole. Pour la première fois, la France était absente d’une réunion européenne importante.
L’avenir de l’Union, mais aussi celui de la France, dépendront donc de la capacité collective de dépassement du 29 mai 2005, mais aussi de la dose d’utopie et d’ambition que notre génération sera capable d’y mettre.
N’oublions jamais que le prodigieux succès du Traité de Rome, en si peu de temps, est le fait de l’utopie tenace et visionnaire d’une poignée de personnalités politiques. Mais, il y avait, à l’époque, la tension de la guerre, remplacée aujourd’hui par la "routine émolliente de la paix"…
A l’évidence, une ambition s’impose : celle d’imaginer un nouveau grand cycle politique européen capable d’affronter les grands défis du siècle : mondialisation, sécurité d’approvisionnement énergétique, sauvegarde de la planète, pressions migratoires et déséquilibres Nord-Sud, nouvelles formes de conflits…
A cette condition, d’une Europe qui ajoute une dimension politique et économique aux acquis de Rome, l’Union européenne retrouvera la confiance et l’adhésion des peuples. Alors un grand avenir lui sera promis !
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