Simone Veil
"Le plus important, c'est l'enracinement de la réconciliation franco-allemande"Simone Veil
"Le plus important, c'est l'enracinement de la réconciliation franco-allemande"Gilles Savary
"Un nouveau cycle politique européen à la mesure des grands défis du siècle"Jacques Barrot
"L'Europe aura le visage que la jeune génération aura décidé de lui donner"
Retrouvez, sur Touteleurope.fr, une sélection des tribunes parues dans la presse à l'occasion du 50e anniversaire.
Le Belge Etienne Davignon a été commissaire européen chargé du Marché intérieur et de l'Industrie entre 1977 et 1985 avant d'entrer au conseil d'administration de la Société Générale de Belgique et du groupe Suez.
Quel est, à vos yeux, le principal succès de ces cinquante ans de construction européenne ?
Le grand acquis de l'Europe, auquel les gens se sont habitués, c'est d'avoir mis un terme aux conflits. La première moitié du XXe siècle a été marquée par les guerres que l'on sait : la seconde a permis d'en tirer les leçons, grâce à l'Europe. L'Europe a réalisé dans les années 1950 une rupture extraordinaire, en choisissant un projet, en se dotant des instruments et d'une organisation pour le réaliser. L'instrument était technique, la motivation politique. Et cela a bien fonctionné, il faut le rappeler aux eurosceptiques. En 1957, peu de gens possédaient une maison ou allaient en vacances. La situation en 2007 n'a plus rien à voir, grâce à la croissance économique, aux investissements, au développement de nos industries qu'a permis l'Europe. Et puis les résistances des plus grands dirigeants européens n'ont jamais réussi à en ébranler le parcours. Le général de Gaulle ne voulait pas des Anglais, ses successeurs ont été obligés de les accepter. Mme Thatcher ne voulait pas d'un système monétaire européen et nous avons aujourd'hui l'euro.
Quelle est votre principale déception ?
C'est notre incapacité à faire accepter l'élargissement. Nous avons raté cette ouverture historique à l'Est et c'est un échec collectif des Etats, des gouvernements, de la Commission et du Parlement européen. Pourtant, la chute du mur de Berlin constitue le succès de politique extérieure le plus spectaculaire de l'Europe. La différence entre ce qui se passait chez nous et à l'Est a amené ces peuples à ne plus accepter leur sort au moment où l'Union soviétique ne souhaitait plus soutenir leurs gouvernements par la force.
La chute du mur a provoqué une émotion considérable dans l'Union. Si, à ce moment là, on avait dit à nos citoyens : «Ces gens ont gagné le droit de nous rejoindre», je suis persuadé que tout le monde aurait été d'accord. Au lieu de cela, on est rentré dans l'élargissement à reculons. Je situe à ce moment précis le début du malaise de l'opinion à l'égard de l'Europe qui a conduit au rejet de la Constitution en France et aux Pays-Bas.
Comment sortir de cette crise ?
Ce sera difficile. Mais nous avons déjà survécu à des crises similaires. Et si on analyse les défis auxquels nous sommes confrontés, l'énergie, le climat, l'insécurité, l'immigration... il est impensable qu'un Etat seul puisse les régler, même s'il avait la bonne solution. La dimension européenne est indispensable. Il faut se redonner un peu d'ambition, un peu de rêve pour recommencer à faire des grandes choses. La crise actuelle n'est pas suffisamment longue pour l'instant pour remettre en cause la vitesse de croisière de notre énorme paquebot. Si on attend trop longtemps, il sera difficile de le relancer. Aujourd'hui, la pression du besoin, combinée à l'efficacité de la méthode, me rend plutôt optimiste.
Mais n'est-ce pas plus difficile à vingt-sept qu'à quinze ?
Ce que nous avons partagé à quinze, nous ne le partageons pas de la même manière à vingt-sept. Quand on explique aux Polonais, aux Tchèques ou aux Etats de la Baltique les bienfaits de la réconciliation franco-allemande, ils se souviennent que, quand les Français et les Allemands s'entendaient, ce n'était pas nécessairement mieux pour eux. C'est une difficulté psychologique. La seconde difficulté, c'est qu'ils n'ont pas connu une période de travail d'Europe active où la Commission joue pleinement son rôle et où la culture du compromis fonctionne.
Vous avez été l'un des artisans d'une politique industrielle européenne. Qu'en pensez-vous aujourd'hui ?
Elle a beaucoup aidé nos entreprises en créant un cadre positif pour leurs actions et leur coopération. Je suis également plutôt satisfait du fonctionnement de la politique de la concurrence. La chasse aux cartels et aux ententes est indispensable car ces pratiques sont néfastes à l'économie. Mais je considère que, dans le contrôle des concentrations, il faut trouver un meilleur équilibre. Le système européen implique qu'en cas de difficulté, on discute entre les entreprises, les pays concernés et la Commission des conditions auxquelles l'opération peut se faire quand même. C'est là, sans doute, qu'il faudrait revoir la répartition des responsabilités au sein de la Commission. Car c'est celui qui a défini l'objection qui décide aussi si le remède est compatible avec cette objection. Il y a un procureur, mais où est le juge ? Les services de la concurrence jouent souvent ces deux rôles.
Propos recueillis par Jacques Docquiert.
© Les Echos - Reproduit avec l'aimable autorisation du journal.
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