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"Un bel endroit du monde"

[13-03-07]

Bernard Poignant

"Un bel endroit du monde"
Bernard Poignant - DR

Bernard Poignant est député européen

 

Pour vous, que célébrons-nous, 50 ans après la signature des Traités de Rome ?



Les Traités de Rome concluent la série d’après-guerre, après le traité de 1949 qui crée le Conseil de l’Europe, celui de 1951 pour la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA), après l’échec en 1954 de la Communauté Européenne de Défense. Symboliquement et pratiquement tous marquent la paix consolidée et la réconciliation affirmée entre la France et l’Allemagne. Ils ont pris racine pendant la guerre et dans les milieux de la Résistance.

Les évènements guideront la forme que prendront ces traités. L’année 1956 a accéléré leur conclusion : l’invasion de la Hongrie par les chars soviétiques et la piteuse expédition du Canal de Suez scellent définitivement le partage du monde en deux blocs et son commandement par Moscou et Washington. Le 6 novembre 1956, à l’Hôtel Matignon, Konrad Adenauer dit à Guy Mollet : "Il faut faire l’Europe, elle sera notre revanche !" Le Royaume-Uni n’en sera pas, comme pour la CECA : il répugne à toute autorité supranationale. 1957 est à la fois une étape décisive pour l’Union européenne et la consécration de sa coupure en deux… en attendant l’unification du continent quarante ans plus tard.

 

 


Quels principaux bénéfices la France vous paraît-elle avoir tiré des Traités de Rome ?



Il y a, en 1957, beaucoup de scepticisme en France face au Marché commun. "L’économie y résistera-t-elle ?", se demandent certains. Tout le monde n’est pas persuadé par une organisation des marchés agricoles européens. L’Allemagne fait encore peur, elle s’est déjà redressée, les traditionnels réflexes protectionnistes français n’ont pas disparu. Pierre Mendès-France, par exemple, votera contre la ratification de ce traité pour ces raisons. Il ajoutait qu’une ouverture des échanges n’était envisageable qu’après une harmonisation sociale. Personne n’oublie alors l’Union française et l’Outremer très liés à l’économie nationale.

Mais au total cette ouverture aura été bénéfique. Il est même permis de dire qu’avec l’assainissement des finances publiques opéré par le Général de Gaulle à compter de 1958, elle explique le formidable développement qu’a connu notre pays dans les années 60.

 

 

 

Comment voyez-vous l’Europe dans 50 ans ?



Imaginer l’Europe en 2057 n’est pas facile, et même risqué. Ceux qui ont signé les traités de Rome n’imaginaient pas la disparition de l’Union Soviétique et l’émergence de la Chine, sans compter Internet et le reste. Essayons quand même. Elle aura des limites : elle s’arrêtera à l’Ukraine et à la Biélorussie ; le Maghreb n’en fera pas partie, et la Turquie aura renoncé à la rejoindre. Sa monnaie, l’euro, sera puissante et à égalité avec le dollar dans les transactions internationales. Son ministre des affaires étrangères et son service diplomatique commun auront réussi à lui donner un poids égal sur ce plan avec les autres grandes nations du monde. Elle sera de plus en plus mélangée et métissée car son vieillissement démographique aura obligé à un accueil des populations d’autres continents. Elle sera un continent exemplaire pour l’environnement et aura réussi, même avec des difficultés, à préserver son modèle social. Elle restera donc un bel endroit du monde où peuvent se combiner le développement économique, la protection sociale et les libertés individuelles.

 

 

 

1 commentaire

[15-03-07] GAUER Je ne suis pas certaine que la Turquie renonce à rejoindre l'UE. Son adhésion ne se fera peut etre pas aussi facilement que celle des autres candidats mais cela me parait difficile à terme qu'elle demeure à l'écart de l'UE.

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