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Et s'il n'y avait pas eu le Traité de Rome ?

[28-02-07]

Pierre Lequiller

Et s'il n'y avait pas eu le Traité de Rome ?
Pierre Lequiller - DR

Pierre Lequiller est député des Yvelines, président de la délégation pour l’Union européenne à l’Assemblée nationale



Sans le traité de Rome, l’Europe aurait-elle eu raison de la guerre et installé la paix durable ? Aurait-on assisté à la chute du mur de la honte, à la réunification des peuples et des familles, à l’effondrement du communisme et à la propagation des valeurs européennes fondées sur les droits de l’Homme ?

Sans le traité fondateur de l’Union, est-ce que l’Est de l’Europe aurait accédé à la démocratie, à l’Etat de droit, au pluralisme, à la non-discrimination, à la tolérance, à la justice, à la solidarité, à l’égalité homme-femme, au respect du droit des minorités, à la liberté politique et économique et à une sécurité collective au sein de l’OTAN ?

La propagation par le droit, ou "la main invisible européenne", des valeurs communes de l’Union, plus communément appelé aujourd’hui l’acquis communautaire aurait-elle été possible ? La peine de mort, dont l’abolition est à ce jour une des conditions pour devenir membre de l’Union, aurait-elle été si largement combattue pour disparaître de l’arsenal répressif de tous les Etats de notre continent ?  

Sans le traité de Rome, l’Europe serait-elle devenue un espace de croissance et de prospérité, basé sur la liberté de circulation des hommes, des marchandises et des capitaux, ayant rattrapé le niveau des Etats-Unis d’Amérique? L’Europe serait-elle devenue un grand marché unique de 450 millions de consommateurs, la plus grande zone de libre-échange du monde ? Aurait-on assisté à la naissance et au succès de la monnaie commune ainsi qu’à la stabilité monétaire ? Car, le transfert de notre souveraineté monétaire à l’Union a en réalité permis à notre pays d’exercer la plénitude de sa souveraineté politique sur la scène internationale lors de la guerre en Irak, sans jamais être menacé d’une attaque sur notre devise. Aurait-on connu meilleur rempart que l’Europe contre la mondialisation ?

Sans le traité de Rome, notre continent aurait-il réussi à devenir l’unique entité politique internationale construite pacifiquement et voulue par les peuples dans le respect des diversités et des Etats ?  

Aurions-nous été capables de résister à la décision américaine d’intervenir militairement en Irak, bien que notre position n’ait pas été totalement unanime ? Y’aurait-il eu une conscience européenne et la volonté de faire entendre une voix différente sur la scène internationale ?
Aurions-nous été en mesure d’œuvrer ensemble et d’intervenir dans la gestion des crises rencontrées sur notre continent depuis la chute du communisme, ou bien sur le théâtre d’opérations extérieures comme en Afrique par exemple ? Pas sûr que sans ce traité, l’Europe ait pu se doter d’une politique étrangère de sécurité commune et d’un bras armé.

Sans le traité de Rome, l’Europe serait-elle devenue cet espace de paix uni dans sa diversité ? Au-delà d’un simple marché, l’Europe serait-elle devenue cette communauté de valeurs fondées sur la diversité des cultures et des langues et le respect des croyances philosophiques et religieuses ? L’exception multiculturelle de l’Europe aurait-elle été défendue et promue pour être adoptée à l’unanimité par une conférence générale de l’UNESCO ?

Aurions-nous connu cette ouverture qui caractérise l’Europe dans son ensemble et qui se matérialise par les nombreux échanges qui existent entre tous nos pays ? Les jeunes citoyens auraient-ils eu la chance de pouvoir étudier à l’étranger, de côtoyer d’autres cultures, et d’avoir accès au multilinguisme ?

Quant à l’environnement, celui-ci serait-il devenu une préoccupation majeure des Etats-membres ? Un véritable corps législatif protecteur de l’environnement aurait-il vu le jour ? La lutte contre le réchauffement climatique aurait-elle été une priorité européenne ? Le protocole de Kyoto, ratifié aujourd’hui par une large majorité d’Etats aurait-il été signé ?

S’il n’y avait pas eu de traité de Rome, nous serions passés à côté de la plus belle idée qui soit, une communauté de valeurs : l’Europe qui parle aujourd’hui de toutes ses voix et de toute son âme.

 

1 commentaire

[28-02-07] MAESTRE Je retiens ce texte pour alimenter une pédagogie de l'Europe que je ne cesse de pratiquer.
Mais comment pratiquer en grand cette pédagogie en grand en dépit de l'étroitresse franco-française de nos hommes politiques!

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