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Commémorer n'a de sens que pour l'avenir

[19-02-07]

Hubert Haenel

Commémorer n'a de sens que pour l'avenir
Hubert Haenel - DR

Hubert Haenel est sénateur du Haut-Rhin, président de la délégation pour l'Union européenne du Sénat




Commémorer n'a de sens que pour l'avenir. Le cinquantième anniversaire du traité de Rome doit être avant tout le moyen de donner à l'Union un nouvel élan. N'en faisons pas des noces d'or où l'on contemple, ému, l'album de famille ! Les objectifs de départ ont été atteints, le monde a changé avec la fin de la guerre froide et l'émergence des grands pays d'Asie. S'il est utile de revenir, ensemble, aux sources de l'entreprise, c'est pour y trouver une inspiration en vue de nouveaux développements.

Ce qui caractérise le traité de Rome, c'est à la fois la prudence politique et l'audace du projet. Prudence politique : après l'échec de la CED et, par voie de conséquence, du projet de "communauté politique" qui devait la coiffer, les auteurs veulent se tenir à l'écart des controverses sur la "supranationalité" ; ils changent de terrain, déplacent le débat. Audace du projet : lancer une union douanière incluant une France empêtrée dans des guerres coloniales, minée par l'instabilité gouvernementale et les difficultés financières, et une Italie à l'économie encore arriérée, c'était un pari dont beaucoup doutaient qu'il puisse être gagné ; attaquer de front des habitudes de protectionnisme exacerbées par deux guerres, même en prévoyant des transitions, c'était prendre le risque de coaliser tous les intérêts qui pouvaient se sentir menacés.

Les auteurs du traité de Rome étaient ainsi, à la fois, pragmatiques et visionnaires. Et c'est cette combinaison qu'on a retrouvée dans toutes les avancées ultérieures de la construction européenne : achèvement du marché intérieur, accords de Schengen, union monétaire, lancement de l'Europe de la défense... N'est-ce pas avec cet état d'esprit qu'il faudrait renouer alors que la construction européenne traverse une phase d'incertitude ? Il y a plus d'un domaine où un grand projet commun pourrait cimenter les Européens.

On entend souvent, aujourd'hui, que le couple franco allemand ne peut plus, à lui seul, être la force motrice d'une Union de vingt sept membres : c'est peut-être vrai ; mais ne pourrait on du moins espérer qu'il s'attache à jouer – sans exclusivité – un rôle de laboratoire pour des initiatives destinées, à terme, à intéresser l'Union dans son ensemble ?



 

 

 

2 commentaires

[23-02-07] alain-rené bourdelon Et bien oui M.HAENEL, je suis d'accord avec le dernier paragraphe de votre tribune car rien ne vaut le pragmatisme dans un domaine qussi sensible où les idéologies pour ne pas dire les pré supposés sont un grave danger.
J'ai vécu en Alsace et je sais ce que veut dire dans cette région française l'idée européenne et l'attachement à la France. Et je crois vraiment que si les deux principaux pays de lUnion se donnaient la peine de tirer vers le haut, l'Europe avancerait.
[20-02-07] BIANCIOTTO Mireille Dans le Traité de la Communauté économique, il y a eu une touche sociale, le FSE, le troisième fonds de financement de la Communauté, ne l'oublions pas, la construction dès le départ ne fut pas uniquement économique.
D'autre part, d'accord avec vous pour se souvenir et en même temps se projetter. En partenariat avec l'Office de la mer de Marseille, Radio Dialogue (j'y suis journaliste) a décidé de fêter les 50 ans en parlant de la toute nouvelle politique intégrée de la mer de l'Europe.
Vive les traités de Rome (l'Euratom aussi) car tous les chemins y mènent et tous en partent vers de nouvelles politiques communes !

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