Découvrez les premiers pas de l’intégration européenne à travers la vidéo "Le Parlement européen et la construction de l’Europe" est disponible sur EP Live !
Les négociations des Traités de Rome comme si vous y étiez, à travers une sélection de documents inédits tirés des archives du Quai d'Orsay.
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En 1945, l’Europe sort traumatisée d’un conflit sanglant et destructeur. Alors que débute une nouvelle période de tensions internationales – la Guerre froide – certains comprennent très vite que seule une union entre les pays d’Europe permettra au vieux continent de recouvrer son rang sur la scène mondiale.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les initiatives en faveur d'un rapprochement des peuples d'Europe se multiplient.
Animés par la volonté de promouvoir l’unification du continent, différents mouvements d’opinion proeuropéens se réunissent à La Haye du 7 au 10 mai 1948 en présence de personnalités politiques et sous la présidence d’honneur de Winston Churchill (en 1946, l’ancien Premier ministre britannique avait prononcé un vibrant plaidoyer en faveur des Etats-Unis d’Europe). Dans la foulée du Congrès de La Haye, les gouvernements européens créent le Conseil de l’Europe, à l’origine, un an plus tard, de la Convention européenne des droits de l’homme et de la Cour du même nom. Basé à Strasbourg, le Conseil de l’Europe est responsable d’une œuvre juridique considérable, notamment sur le plan des droits de l’homme. Mais il joue un rôle modeste dans l’unification du continent : le Conseil trouve ses limites dans son mode de fonctionnement, la nécessité d’un accord entre tous ses membres étant source de blocages.
En cette période où l'Union soviétique occupe une partie du continent, les Etats-Unis sont préoccupées par le devenir de l'Europe de l'Ouest. Ils décident donc de contribuer à son redressement économique et d'assurer sa protection militaire. Trois ans après la fin de la guerre, Washington propose d’accorder aux pays qui le souhaitent une aide massive destinée à financer leur reconstruction : c’est le Plan Marshall. L’Organisation européenne de coopération économique (OECE), qui siège à Paris, prend en charge la distribution de l’aide américaine. En 1961, elle prendra le nom d’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).
Par le traité de Bruxelles signé en mars 1948, les Etats-Unis se sont portés garants de la sécurité de la France, de la Belgique, du Luxembourg, des Pays-Bas et du Royaume-Uni. Un an plus tard, cinq autres pays européens rejoignent les "Cinq" de Bruxelles pour former l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), une alliance militaire contre la menace soviétique. La RFA y adhèrera en 1955, suite à l’échec de la CED.
Après les réels et spectaculaires succès de 1949 et du début de 1949, l’organisation de l’Europe marque le pas, et même recule un peu. C’est le moment pour tous ceux qui en savent l’essentielle importance de se jeter dans la bataille et de la gagner.
Paul-Henri Spaak,
"Europe unie - Premier bilan",
Le Monde, 13 mai 1950
Toutes les formes de rapprochement opérées après-guerre restent des coopérations classiques entre les Etats. A ce titre, elles sont insatisfaisantes aux yeux des partisans d'une Europe intégrée. Un homme, un Français, a pour ambition d'aller plus loin dans l'unification des pays d'Europe : Jean Monnet. Commissaire au Plan, il travaille en secret à un plan de mise en commun du charbon et de l'acier des pays d'Europe occidentale. Il pense en effet que la mutualisation des ressources des Etats dans certains secteurs clés de l'économie entraînera un engrenage qui débouchera un jour sur la création des Etats-Unis d'Europe.
De plus, le charbon et l'acier sont les principales ressources nécessaires à l'industrie de l'armement. Les mettre en commun sous le contrôle d'une autorité indépendante, c'est rendre la guerre entre la France et l'Allemagne matériellement impossible. Telle est l'idée que Jean Monnet expose à son compatriote Robert Schuman, alors ministre des Affaires étrangères. En dépit d'un certain scepticisme, le ministre parvient à convaincre son gouvernement de la justesse des vues de Monnet.
Le 9 mai 1950, Robert Schuman, rend publique, lors d'une conférence de presse tenue au Salon de l'horloge du Quai d'Orsay, sa proposition inspirée du projet de Jean Monnet. L'Allemagne de l'Ouest, visée au premier chef par l'offre de Schuman, est tout de suite séduite par cette idée : pour Konrad Adenauer, le pool charbon acier apparaît comme un bon moyen de réhabiliter son pays sur la scène internationale. Mais ce projet s'adresse également à tous les pays européens volontaires. La Belgique, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas y répondent favorablement.
La déclaration Schuman marque le point de départ de l'aventure communautaire. Depuis 1986, la journée de l'Europe est célébrée le 9 mai dans toute l'Europe en hommage à cet acte fondateur.
L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait.
Robert Schuman,
9 mai 1950